"Monsieur Wit" a finalement passé la fin de l’année : il est resté à mes côtés pendant six mois. Six mois magnifiques durant lesquels il m’a fait apprécier chaque nouvelle journée comme un cadeau.

Et durant lesquels il m’a appris le vrai respect du chien.

Parce que souvent, en voulant bien faire, on passe outre la dignité, on porte le petit chien qui ne veut pas avancer, on fait à la place du chien qui réfléchit trop lentement à notre goût, on tire sur la laisse parce qu’on est pressé… "Monsieur Wit" m’a montré à sa manière comment me comporter pour qu’il se sente vraiment respecté. Et ça a complètement changé ma façon de voir les choses.

"Monsieur Wit", c’est ce chien exceptionnel qui m’a accordé sa confiance alors qu’il ne croyait plus en l’humain et avait passé sa vie, incompris, derrière des barreaux.

Aujourd’hui que j’ai la chance d’avoir pu me former pour aider d’autres chiens, je veux garder "Monsieur Wit" et les valeurs qu’il m’a transmises chaque jour avec moi.
Voilà pourquoi je lui rends hommage en portant son nom.

Pourquoi "Monsieur Wit" ?

Un jour, après avoir promené les chiens du refuge, j'ai appris que Wit, ce grand chien noir qui avait passé toute sa vie en cage, ne pourrait plus sortir avec les autres. Son corps ne suivait plus, et le vétérinaire avait dit qu’il « ne passerait pas la fin de l’année ». On était début décembre.
 

Je suis rentrée chez moi la mort dans l’âme… et suis revenue chercher Wit l’après-midi. Après tout, s’il ne lui restait que trois semaines à vivre, je pourrais bien organiser ma maison pour qu’il ne croise pas mon chat et lui offrir au moins une fin de vie confortable.
 

À peine chez moi, j’ai constaté que Wit était devenu incontinent ; de l’urine gouttait en permanence sur le sol. Ce n'était pas vraiment prévu, mais pas question de le ramener au refuge !
 

Le soir, bien installé devant le radiateur, Wit m’a grogné dessus en me montrant ses crocs quand j’ai voulu le sortir pour un dernier pipi. J’avoue que je n’en menais pas large, je ne comprenais pas sa réaction, j'ai balancé des bouts de poulet dans la véranda et j'ai fermé la porte sur le monstre. Tant pis pour le dernier pipi...
 

Le lendemain, Wit était à nouveau adorable, plus aucune trace d’agressivité. Et là, je me suis rendue compte qu'au refuge, les soirs d'hiver, Wit dormait déjà vers 18 h. La veille, il avait tout simplement voulu défendre sa place au chaud, ne comprenant pas pourquoi je voulais le mettre dehors « en pleine nuit ».
 

J’ai organisé ma maison en fonction de Wit, mis des barrières pour qu’il ne dévore pas mon chat et d’autres pour limiter l’espace où il goutterait par terre. Il était maigre. Il sentait mauvais. Je lui ai fait la cuisine pour essayer de lui faire oublier sa vie de misère. Et aussi parce que j’étais consciente que chaque jour pouvait être le dernier...

On m’avait dit de ne pas lui toucher la tête, ni l’arrière-train, car il me mordrait. Il ne se laissait d’ailleurs jamais examiner par le vétérinaire. Mais peu à peu, une confiance mutuelle s’est installée. Wit allait mieux, il reprenait des forces, il reprenait goût à la vie. Il m’a laissé lui inspecter les oreilles, et j'ai découvert qu'il avait une otite purulente. Voilà pourquoi il ne se laissait pas toucher la tête ! J’ai demandé des gouttes au vétérinaire, et Wit m’a permis de le soigner. Il m’a aussi laissé mettre de la crème sur les escarres qui s’étaient formés sur son ventre.

Wit ne sentait plus mauvais : tous les jours, il se frottait contre mon sapin dans le jardin, ce qui avait fini par le nettoyer et même le parfumer. Tous les jours aussi, j’avais droit à un câlin : je m’accroupissais, et Wit s’approchait puis posait doucement sa tête sur mon épaule, dans une présence totale et bienveillante. Un câlin d’une intensité peu commune que je ressentirais longtemps encore après son départ...

Un soir, Wit a glissé et est tombé sur le carrelage. J’ai voulu l’aider, car il ne parvenait plus à se relever. Il m’a grogné dessus : il ne voulait pas d’aide. Ce chien avait un tel amour propre, c’était incroyable de le voir si digne, même amoindri, même affalé dans son pipi ! Je ne pouvais rien faire, j’ai pensé que c’était la fin. J’ai appelé un couple d’amis qui venaient régulièrement lui rendre visite mais rien à faire, Wit ne se laissait pas toucher… On a fini par poser des serviettes de toilette et des plaques de Gyproc au sol, on les a poussées sous ses pattes et on l’a encouragé. Après beaucoup d’efforts, Wit a réussi à se relever. On a fondu en larmes dans les bras les uns des autres. Il était sauvé pour cette fois !

Une amie m’appelait souvent pour prendre des nouvelles et me conseiller pour l’alimentation de Wit. Un soir, elle m’a dit : « Quel grand monsieur, ce Wit, quand même ! Il est incroyable… On devrait l’appeler Monsieur Wit ! »